Le Travail – Travailler son cheval

Mes élèves (surtout en ce moment), me demandent souvent comment travailler leur cheval. Les questions sont du type: « Comment construire une séance de travail du début à la fin? », « Comment travailler son cheval pour obtenir la connexion? » « Comment travailler son cheval pendant un mois? »

Le mot travailler peut être perçu de différentes manières. Selon les croyances qui nous ont été inculquées, le terme TRAVAIL peut avoir soit une connotation négative: par exemple: contrainte, obligation, empressement, stress, hiérarchie, etc…, alors que pour d’autres elle peut avoir une connotation positive: investissement personnel, création, apprentissage, évolution, se découvrir, s’exprimer, etc… Chacun d’entre vous qui lisez cet article avez une définition différente de ce que le mot travail veut dire. Pour être au clair sur ce mot, je vais vous donner la définition que j’en ai, et si un autre mot convient mieux pour ce que je définis ici, sentez vous libre d’en utiliser un autre dans la relation avec votre cheval.

Il y a maintenant plus de dix ans alors que je lisais un livre du célèbre Parelli, une chose m’a marquée. Il disait dans ce livre que pour réussir avec un cheval il fallait de la chance. Cette chance qu’on épelait TRAVAIL. Ca m’a tellement marqué que je m’en rappelle encore aujourd’hui alors que je n’ai pas relu ce passage depuis.

Travailler son cheval qu’est-ce que c’est? Qu’est-ce que ça apporte? Comment construire une relation solide avec son cheval alors qu’on a peu de temps à lui consacrer?

Quand on voit le mot travail, on imagine souvent un cheval travaillant dur en dressage ou dans une activité sportive quelconque. On voit des personnes acharnées montant leur cheval hyper musclé tous les jours. Alors j’entend souvent: « je n’ai pas le temps de travailler. Je n’ai pas eu le temps de faire de séance alors je n’ai pas progressé. » Laissez-moi vous montrer que OUI vous avez le temps de travailler et OUI vous avez le temps de créer cette relation dont vous rêvez.

Si comme moi vous vous avez besoin de moyens mnémotechniques pour vous rappelez de ce que vous lisez, l’article se résume ici avec ces mots.

T-emps
R-égularité
A-voir un Pourquoi
V-olonté
A-voir de la persévérance
I-nstant présent
L-âcher prise

T comme TEMPS: Travailler son cheval, c’est passer du temps avec lui. C’est prendre le temps d’aller le voir régulièrement. Dès que vous êtes en présence de votre cheval et que vous faîtes attention à lui, vous TRAVAILLEZ votre relation et améliorez votre relation avec lui car vous êtes là POUR lui. Et oui, aller voir son cheval même si on a pas le temps d’interagir avec des exercices avec lui, c’est travailler. Donner du TEMPS c’est travailler la relation et obtenir à coup sûr une amélioration et une progression dans votre relation. Donc si c’est dans votre habitude de dire: « j’ai pas le temps d’aller en carrière le monter ou travailler des exercices, donc c’est pas la peine que j’y aille, il a eu à manger avec quelqu’un d’autre », vous perdez une belle occasion de travailler votre relation. N’hésitez pas à vite changer cette habitude. Même si quand vous allez le voir, et qu’il semble vous ignorez les premières fois, (car il n’a pas l’habitude de la non-interaction physique), persévérez, il est là, vous n’êtes là QUE pour lui, et il le sent ou finira par le sentir bien plus vite que vous ne pouvez l’imaginer.

R comme REGULARITE: Plus vous irez souvent voir votre cheval et interagir avec lui, plus votre relation va s’améliorer. Plus vous travaillerez sur des exercices en particulier, plus ils vont s’améliorer. Travailler peu de temps sur un exercice mais souvent permet au cheval d’avancer dans sa compréhension et dans sa gestion corporelle de l’exercice dans le long terme. Si vous travaillez sur un exercice pendant une semaine puis vous arrêtez complètement pendant un mois (si c’est un exercice physique ou de souplesse notamment) le cheval n’aura pas eu le temps de se l’approprier, de le comprendre profondément et à coup sûr vous aurez l’impression de devoir tout recommencer à zéro. Parfois faire une pause est bénéfique mais attention dans des cas spécifiques seulement (n’en faites pas une excuse). Faire de petites séances régulières de travail plutôt que de grandes séances espacées sont plus bénéfiques pour la plupart des exercices et clairement bénéfique au niveau de la relation. Cette régularité permet au cheval de vraiment pouvoir prendre son temps d’intégrer et d’y trouver une motivation sur le long terme. L’apprentissage se fait à dose homéopathique et le cheval s’y sent confortable. Ce genre de travail amène au cheval une décontraction et une confiance dans les exercices qui va améliorer votre relation même si vous n’avez que dix minutes devant vous. Pourquoi ne pas travailler dix minutes la notion de bulle, ou la mobilisation des épaules, plutôt que de ne rien faire de la semaine sous prétexte que vous n’avez pas le temps?

A- comme Avoir un POURQUOI: c’est très certainement la notion que je trouve la plus importante à aborder de toutes les notions dont je vais vous parler. Avoir un pourquoi vous donne une motivation intrinsèque à travailler votre cheval. Mais en fait POURQUOI je travaille mon cheval? Parfois les personnes n’ayant pas de pourquoi fort finissent par arrêter de travailler ou de progresser avec leur cheval. J’entends même parfois dire: « un cheval s’est fait pour être dans un champs », « il n’aime pas être avec moi, je vais le laisser tranquille », etc. Prenez une feuille blanche et un crayon et je vous demande d’écrire 10 raisons du pourquoi vous travaillez votre cheval au quotidien ou régulièrement. Allez-y MAINTENANT.

Si vous n’avez pas réussi à trouver 10 raisons du pourquoi vous pourriez à l’avenir manquer de motivation à le travailler. Voici des exemples de raisons:

Je travaille mon cheval trois fois par semaine PARCE QUE:

Pour moi:
je veux améliorer ma relation avec lui
je veux pouvoir faire de la liberté dans les endroits ouverts (et un jour la plage^^: ok cette raison est personnelle mais j’y suis arrivée^^)
je veux que mon cheval m’apprécie et hennisse quand j’arrive.
je veux réussir tel exercice en particulier
je veux pouvoir réussir une reprise de dressage de tel niveau ou avec tel harnachement
etc… etc…

Pour lui:
je veux qu’il soit en bonne santé physique (exercice d’assouplissement, balade pour le muscler, maintien de son poids, maintien de ses pieds, etc) : déjà 4 raisons là pour son physique!
je veux qu’il ait une bonne santé mentale (sortir en balade permet de garder un esprit vif et de se dépenser pour garder un mental sain)
je veux qu’il soit dans le bien-être
je veux qu’il ai confiance en lui
je veux qu’il apprécie ma présence
etc… etc…

Plus vous avez de raison, plus votre pourquoi sera fort, et plus vous aurez envie de travailler votre cheval.

V comme VOLONTE: la volonté, c’est se bouger les fesses alors qu’il fait froid, c’est aller voir son cheval alors qu’on en a pas vraiment envie ce jour là, c’est aller au bout des choses même quand on est fatigué… Et la volonté est directement liée au POURQUOI décrit juste avant. Si vous avez lu l’article sans faire l’exercice des 10 raisons, je vous invite à le faire maintenant.

A comme Avoir de la PERSEVERANCE: tout le monde sait ce qu’est la persévérance. Travailler son cheval c’est persévérer dans le temps, les jours, les années. Quand on travaille son cheval, on a besoin de persévérer dans les moments de doutes, pour les exercices difficiles, etc… Une des clés pour persévérer dans le temps est le soutien des autres. Il m’est récemment arrivé de ne pas réussir un exercice. J’étais un peu dépitée car j’ai repris le travail avec Utah depuis 3 mois et au bout de 3 mois je n’arrivais toujours pas l’exercice. A chaque fois que je demandais à ma coach si c’était bon (coaching en ligne), elle me disait qu’il y avait ça, ça et ça qui allait pas mais qu’Utah était trop mignon car il essayait. …^^ J’ai commencé à me sentir frustrée. Ba oui, j’ai un super cheval hyper généreux, hyper doux, et très à l’écoute et je n’y arrive pas! Je me sentais pas capable d’y arriver. Au bout de 3 mois Utah avait selon mois assez de souplesse pour arriver à faire cet exercice de base que 95% des chevaux arrivent en 1 mois non? Et ba non, avec le soutien d’autres élèves et de ma chère Elaine, j’ai accepté grâce à leur soutien de me rendre à l’évidence qu’il nous fallait en fait juste encore du temps pour qu’Utah intègre et s’assouplisse assez pour pouvoir réussir cet exercice de base. Sans eux, je ne sais pas ce que j’aurais fait. Peut être une pause pour reprendre plus tard. Ce qui n’est pas un mal mais je n’aurais pas progressé, j’aurais perdu la souplesse de ce travail de 3 mois et mon estime aurait diminué. Le soutien des proches et des coachs est pour moi déterminant dans le maintien de la persévérance. Quand on persévère, notre travail devient efficace et la réussite n’est pas loin. Il en est de même pour la relation: si vous allez voir votre cheval 5 fois dans la semaine car votre objectif est qu’il vienne vers vous au pré, et que vous arrêtez au bout de 5 fois parce qu’il n’est pas venu, vous ne persévérez donc pas. Peut être que si vous étiez venue 6 fois le déclic aurait eu lieu? Ou peut être comme moi et Utah pour sa figure de dressage de base il vous faudra des mois…

I comme INSTANT PRESENT. Etre présent AVEC le cheval POUR le cheval et POUR vous est sans doute le travail le plus efficace pour tout objectif visé. C’est un vrai travail car ça demande de la concentration d’être attentif au cheval à 100% du temps et ça fatigue beaucoup (surtout au départ). C’est un travail car ça fait progresser votre relation avec votre cheval à une vitesse phénoménale. Quand on est présent avec son cheval, nous sommes là pour lui et il le ressent. Quand nous sommes présent nous écoutons le cheval et se sentir écouté créé une relation très forte entre deux êtres. De plus, si le cheval se sent écouté il aura envie de vous écouter. Ce type de travail est tellement puissant, qu’avec Elaine Wagner nous avons décidé de créer un programme en ligne UNIQUEMENT lié à ça. (voir page Synergie)

L comme LACHER PRISE: Le travail peut vite dériver en acharnement si nous n’avons pas le lâcher prise nécéssaire. Je souris car je pense à hier où Elaine me disait passionnément (je vous écris mot pour mot ce qu’elle a dit) « oui mais qu’est-ce que le lâcher prise? On lit ça partout mais c’est quoi? Quand on lâche prise on ne s’en fou pas pour autant de ce qu’il se passe… Ca veut pas dire que tu es d’accord… Ca veut pas dire que tu abandonnes non plus… Mais ça veut dire quoi alors? » Les « … » c’est quand elle appuyait sur les fins de mots: « Ca veut pas dire que tu abandonnes non pluuuuuuus… » hihi ça m’amuse de décrire ça comme ça vous pouvez imaginer sa voix.
Je vais résumer sa réponse et mixer avec ce que je connais pour vous parler de ce fameux lâcher prise. Le lâcher prise c’est accepter la situation telle qu’elle est aujourd’hui sans pour autant se dire que c’est pour toujours. Le lâcher prise c’est surtout accepter ce qu’il se passe EN NOUS. Par exemple avec Utah et mon exercice de base que j’arrivais pas, j’étais frustrée donc en colère puis j’ai accepté cette colère pour lâcher prise sur cet exercice. Si je m’étais fermée à ce que je ressentais je serais peut-être encore frustrée aujourd’hui par cette situation. Je ne le suis pas, je n’arrive toujours pas l’exercice pourtant mais je travaille sainement, en respectant mon cheval pour y arriver. J’ai lâché prise sur son rythme d’apprentissage. Là encore avec Elaine nous en discutions hier pour le programme Synergie, où nous aborderons aussi ce thème de lâcher prise qui est pour nous une des clés pour tisser et maintenir une relation saine avec son cheval. Quand on manque de lâcher prise on peut rentrer dans l’exigence et accuser l’autre de ne pas être comme on voudrait qu’il soit et la relation va s’altérer. On peut alors accuser le cheval de ne pas être assez bon, soit s’accuser soi même de ne pas être assez bon, soit accuser le coach de ne pas être assez bon et pour certain accuser la terre entière^^.

Alors, qu’attendez-vous? Allez travailler…^^

Bonne journée